(Franstalig artikel)

Le tsunami De Wever : comment lire le phénomène ?

Le résultat des élections en Flandre est selon tout expert exceptionnel. Le N-VA qui, il y a cinq ans seulement, peinait à survivre, devient le plus grand parti politique en Flandre. Le CD&V, qui avait la majorité absolue en Flandre dans les années 50, semble définitivement condamné à devenir un petit parti politique, incapable de séduire un / cinquième de l’électorat flamand. La gauche n’arrive pas à profiter de la crise financière, et semble se replier sur son électorat ‘fixe’, incapable de séduire les électeurs ‘flottants’ qui n’ont pas de lien émotionnel avec le monde ouvrier ou syndicaliste. Idem pour le mouvement écologiste. Les libéraux n’ont pas été récompensés pour leur initiative de faire tomber le gouvernement, initiative pourtant largement approuvée par l’opinion publique flamande.

Oui, les élections ont été des élections ‘communautaires’. Même si le Belge s’intéresse normalement peu aux disputes linguistiques, il est clair que les questions institutionnelles ont dominé les débats électoraux en Flandre. Et les partis politiques francophones y ont une responsabilité : dès que Leterme s’était déclaré d’accord de former un gouvernement sur base de quelques vagues promesses de négociations institutionnelles, les partis francophones avaient perdu tout intérêt à faire la moindre concession. L’unique résultat de trois années perdues : ‘Milquetiseren’ est devenu un verbe en Flandre. Une gaffe stratégique que De Wever se gardera bien de répéter.

Alors, les Flamands, tous séparatistes ? Pas si vite que ça ! Les ‘solutions’ communautaires proposées par De Wever sont loin de faire l’unanimité. L’éditorialiste politique du journal ‘De Morgen’ y a consacré une page entière. Inutile de lire l’article, tout est dans le titre : « Les charlatans du confédéralisme ».
Le vote est surtout la manifestation d’un rejet de l’impuissance. Frustrés par la paralysie dont le gouvernement Leterme était devenu synonyme, les Flamands ont désigné un ‘super-héros’ pour tirer la machine de la bouse où elle était enfoncée.

Les autres partis politiques n’ont fait que préparer le terrain pour le N-VA. Soit ils ont choisi de taire les questions communautaires, niant l’existence même du problème. Soit ils ont essayé d’être des ‘bons flamands’, ignorant que la copie ne sert qu’à faire de la publicité pour l’original.

Quelles leçons peut-on tirer de l’expérience ? Les politiciens francophones ont refusé négocier avec Leterme, dorénavant ils devront négocier avec De Wever. Pourtant on aurait pu éviter d’en arriver là. Durant la campagne électorale, la gauche flamande aurait du démontrer qu’elle était capable de sortir de l’impasse. La question institutionnelle ne doit être ni banalisée, ni exagérée. L’électeur flamand veut qu’elle soit solutionnée.

Les partis ‘traditionnels’ disposent d’un atout que le N-VA n’a pas : ils sont encore toujours membres d’une famille politique représentée des deux cotés de la frontière linguistique. Ils auraient pu en profiter pour proposer une solution commune. Crier « Brussel Vlaams » sur la Grand-Place d’Anvers amusera peut-être les folkloriques du mouvement flamand, mais l’électeur moyen sait très bien qu’il n’y a là que de la nostalgie pour une époque disparue. Si par contre la famille socialiste, chrétienne ou libérale aurait pu présenter une solution approuvée dans le nord comme dans le sud, elle aurait acquis une crédibilité incontournable, monopolisant le débat électoral.

O.C.