Gilles Vanden Burre, voorzitter van ons directiecomité, publiceerde de volgende ‘vrije tribune’ in de krant ‘Le Soir’.

Stop à la destruction virtuelle du pays !

Depuis plusieurs mois, au rythme des rebondissements politiques engendrés par la crise institutionnelle que connaît notre pays, l’opinion publique est abreuvée de constats simplistes et de raisonnements fallacieux, appuyés par des sondages de toute sorte, des déclarations politiques démagogiques ou des cartes blanches enflammées. Même s’il est difficile de dégager un objectif cohérent à ces manœuvres, si ce n’est le sensationnalisme, il est certain qu’elles ont pour effet d’affaiblir les chances de réussite des négociations en cours, de crisper chaque Communauté et de saper le moral de nos concitoyens qui voient encore, dans leur grande majorité, un avenir pour notre modèle fédéral belge.

Tout a commencé avec l’utilisation abusive de la comparaison avec l’ancienne Tchécoslovaquie et « sa séparation de velours ». Bien que le contexte historique soit radicalement différent avec l’influence prépondérante de la chute du communisme et qu’un nœud comme celui de Bruxelles n’existait pas, on nous a expliqué à l’envi qu’une séparation pourrait donc très bien se passer et que les nouveaux États créés en sortiraient grandis. Plus récemment, et suite à la dernière démission d’Yves Leterme refusée par le Roi, on nous pousse à croire (surtout du côté des médias flamands) que le modèle fédéral belge est mort et, plutôt du côté francophone cette fois-ci, que les Wallons voient leur avenir en bleu-blanc-rouge.

Le constat de mort clinique du fédéralisme « à la belge » parce que les négociateurs n’ont pu arriver à un accord est tout ce qu’il y a de plus malhonnête au niveau intellectuel. Depuis quand un système est-il déclaré inapte lorsqu’il est mal utilisé ? En d’autres mots, ce serait l’essence même du fédéralisme (qui fonctionne dans de nombreux pays autour de nous) qui aurait fait que nos responsables politiques n’aient pas pu trouver de solutions ? Personne ne pourrait croire à une telle énormité mais, relayée par les médias, elle permet en fait l’avènement d’un nouveau modèle : le confédéralisme. Ce concept, pratiqué nulle part ailleurs et théoriquement mis sur pied par des États indépendants pour accentuer leur collaboration, est tellement vague que les citoyens s’y perdent. Pour certains, comme Monsieur Moureaux, il s’agit de réaliser de nouveaux transferts de compétences vers les Régions sans toucher au cœur de l’État fédéral ; pour d’autres, comme la N-VA et une partie du CD&V, cela équivaut à garder une armée et une politique étrangère commune, point à la ligne. Étant donné le flou artistique et la fin des mécanismes de solidarité interpersonnelle (sécurité sociale en tête) accompagnant l’option confédérale, elle est à rejeter sans état d’âme. Ce qui n’empêche pas les entités fédérées (Région bruxelloise comprise) de rejoindre la table des négociations,

avec l’État fédéral, et ne remet pas en cause la nécessité d’une grande Réforme de l’État, guidée par le bon sens et le respect mutuel.

En ce qui concerne le rattachement de la Wallonie à la France, suite à un sondage (dont le sérieux n’est pas remis en cause) publié par Le Soir et La Voix du Nord, l’ensemble de la presse belge, et plusieurs médias étrangers, ont conclu que près de la moitié des Wallons souhaitaient rejoindre la patrie de Molière. Même si la question précisait bien « en cas de scission de la Belgique », peu de commentateurs ont insisté sur ce point et une information trompeuse s’est donc répandue comme une traînée de poudre. Beaucoup de réactions émotionnelles ont suivi mais peu ont mis l’accent sur les énormes différences séparant la société belge francophone de ses voisins d’outre-Quiévrain, et sur le manque de perspectives de bien-être pour les générations wallonnes futures au sein de l’Hexagone « remodelé ». Les politiciens de second rang soutenant cette idée ainsi que les crocodiles nostalgiques du Général de Gaulle composant le RWF ont pu se réjouir mais, sinon, en quoi le débat institutionnel belge en est-il ressorti enrichi ? Dans le même ordre d’idée, pourquoi ne demande-t-on pas aux Wallons s’ils préfèrent un avenir au sein de la République française ou d’une Belgique fédérale réformée ? Le résultat, trop attendu, ne ferait sans doute pas sensation.

La résolution de la crise actuelle ne fera bien sûr pas l’économie d’une discussion approfondie entre Flamands et Francophones, mais également au sein de chaque Région et Communauté afin de définir les concessions qui devront être faites. Par ailleurs, cette profonde réforme de notre système fédéral va prendre du temps, car un tel défi ne peut se réaliser en vitesse, et devra nécessairement s’extirper des diktats et des ultimatums fixés par les extrémistes de tout bord. C’est ainsi que plusieurs de nos pays voisins, tels l’Allemagne et la France, ont mené à bien leurs changements institutionnels et constitutionnels. L’entité Belgique accompagnée d’un fonctionnement fédéral renouvelé est le meilleur garant du bien-être de nos enfants, flamands, wallons et bruxellois confondus, de loin devant tous les autres scénarios. C’est pour cette raison qu’il faut se battre pour que l’actuelle impasse communautaire se transforme en Réforme de l’État réussie, capable de résoudre, une bonne fois pour toutes, les querelles linguistiques et de rejeter le repli sur soi. Sans tomber dans un optimisme béat ou abandonner tout esprit critique, il faut pouvoir reconnaître les avancées effectuées et encourager les positions modérées et courageuses. Il en va non seulement de la société que nous allons léguer à nos enfants mais aussi de l’avenir de l’Union européenne. Les 26 autres pays membres, et

même au-delà, observent en effet avec beaucoup d’anxiété l’évolution de la crise belge, le « laboratoire de l’Europe ». Cela devrait redoubler nos efforts afin de démontrer qu’un vivre ensemble moderne et efficace est possible entre cultures différentes. Telle doit être notre ambition : réussir notre pari multiculturel et servir de phare à l’Europe pour son entrée dans le XXIe siècle.