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Il est temps de se décomplexer !

Une opinion de Gilles Vanden Burre, président de l’asbl BPlus

Après de nombreuses semaines de blocage au niveau des négociations communautaires, dû notamment à une incompréhension mutuelle (feinte ou réelle) entre responsables politiques francophones et flamands, à une surenchère préélectorale de chacun des partis dans sa propre communauté et à la présence de petites formations composées d’extrémistes linguistiques à la table de négociation, on peut légitimement conclure que l’on est arrivé à un moment clé de l’histoire politique de notre pays et que la question de la volonté même de ‘vivre ensemble’ des différentes composantes de l’Etat fédéral est enfin clairement posée.

Certains commentateurs et faiseurs d’opinion diront qu’il est temps d’en finir et que le moment de solder les comptes entre francophones et Flamands a sonné. D’autres, défenseurs de la plus-value de l’entité ‘Belgique’ dans le cadre d’un véritable projet multiculturel ambitieux pouvant servir d’exemple au niveau européen voire mondial, estimeront que la situation actuelle est au contraire propice à relancer définitivement notre modèle fédéral au profit de tous les citoyens et à laisser derrière nous les querelles du passé et les rancoeurs datant de la Belgique unitaire.

Inspiré de cet état d’esprit, l’argumentaire qui suit a comme objectif de jeter les bases d’un modèle fédéral efficace et moderne, dénué de raisonnements nationalistes qui ne peuvent amener que frustration et agressivité, comme l’Histoire l’a trop souvent montré.

Tout d’abord, il nous faut sortir de la crise d’identité fréquemment liée à tout ce qui se définit comme ‘Belge’ ou arborant les couleurs nationales. En effet, soit un événement mettant celles-ci en valeur ou louant les bienfaits de notre pays sera décrit comme belgicain, avec toute la connotation péjorative et conservatrice que cela implique, soit il met une Région particulière en avant, associé du Lion, de l’Iris ou du Coq, et il sera alors taxé de régionaliste voire même de nationaliste.

Les Belges ont toujours été connus pour leur faible vigueur chauviniste par rapport à leurs voisins européens, y compris les pays de taille semblable, ce qui est plutôt positif et peut être interprété comme une certaine ouverture d’esprit. De là à systématiquement dénigrer toutes nos réussites et performances, il y a un pas à ne pas franchir. On est d’ailleurs étonné de constater que la marque Belgique est parfois davantage appréciée à l’étranger que chez nous, la ‘belgattitude’ étant, par exemple, très en vogue chez nos amis français dans les milieux culturels et artistiques.

A nous donc de développer une identité décomplexée où l’on arrête d’opposer les caractères régionaux et nationaux et où, au contraire, l’on ose se sentir fier d’être Flamand, Wallon ou Bruxellois ainsi que Belge et Européen. Cette conception de la nationalité pourrait même servir de pionnière au niveau international, n’étant plus basée uniquement sur un drapeau et un hymne mais plutôt sur l’appartenance à une entité multiculturelle et fédératrice.

Au niveau politique, les responsables du nord et du sud du pays devraient également se décomplexer par rapport aux vieux démons historiques de la ‘Belgique de papa’ unitaire. C’est une condition sine qua non pour sortir par le haut de la crise actuelle grâce à des solutions win-win ne pénalisant plus une Communauté par rapport à une autre, via des sempiternels systèmes de compensation.

Du côté francophone, il serait, par exemple, bon d’arrêter de croire que toute mesure émanant d’un parti flamand vise à détricoter l’Etat belge. Il est, en effet, important de distinguer les revendications dictées par des idéaux nationalistes, telle que la régionalisation des plaques minéralogiques ou l’attribution de la nationalité, qui sont inacceptables de celles visant à améliorer l’efficacité de notre système fédéral. Il faut pouvoir parler sans tabou de régionalisations et de refédéralisations futures, pour peu que leur plus-value pour tous les citoyens soit objectivement démontrée.

De même, les négociateurs francophones devraient prendre davantage en compte les desiderata de nos concitoyens néerlandophones concernant la protection de leur culture et de leur langue. En respectant cette logique, ils ne proposeraient plus automatiquement, en guise d’épouvantail serait-on tenté d’ajouter, la modification de la frontière linguistique ou l’élargissement démesuré de la Région de Bruxelles-Capitale comme compensation aux revendications flamandes car ils réaliseraient que cela correspond de fait à une avancée toujours plus grande du français en territoire néerlandophone, ce qui a comme conséquence de braquer les esprits de leurs homologues du Nord du pays.

Du côté flamand, le bon sens voudrait qu’on cesse de menacer continuellement les mécanismes de solidarité entre citoyens, fondamentaux dans tout Etat fédéral qui se respecte. Les transferts financiers d’une Région vers une autre existent dans tous les pays du monde et s’il est clair que la Wallonie traverse actuellement une période difficile, tous les efforts doivent être entrepris pour y remédier au profit des Wallons, mais aussi des Flamands et donc de tous les Belges.

Il est donc inenvisageable de scinder certains pans de la sécurité sociale sous prétexte que les habitants du Sud du pays ne géreraient pas correctement les rentrées fédérales; la solidarité ne connaît, en effet, ni régime linguistique, limitation territoriale ou niveau de classe sociale au sien d’un même Etat. En ce qui concerne les querelles linguistiques, les responsables néerlandophones se doivent également de reconnaître que les habitants francophones de la périphérie bruxelloise ne sont pas des ‘colons’ linguistiques mais des citoyens ordinaires qui ont des droits en tant que minorité, les facilités, et des devoirs, s’intégrer au mieux dans leur environnement direct (y compris l’apprentissage du néerlandais), ce qui est d’ailleurs le cas pour la plupart d’entre eux.

L’application de ces règles de base de convivialité fédérale tient évidemment à la bonne volonté des négociateurs ayant comme objectif la formation du prochain gouvernement. S’il est clair que la majorité d’entre eux a le sens de l’Etat et l’envie de réaliser des compromis avantageux pour l’ensemble des habitants de notre pays, on peut, par contre, légitimement douter des motivations des deux plus petites formations présentes autour de la table, la N-VA et le FDF pour ne pas les citer, dont le fonds de commerce est constitué par la raideur linguistique, la méfiance et le dénigrement de l’autre Communauté.

Bien qu’ils ne représentent ensemble qu’environ 5 pc de la population en termes de résultats électoraux, ces deux partis accaparent une bonne partie de l’attention médiatique et défendent des positions stigmatisant le blocage actuel.

Un dernier écueil est évidemment représenté par la problématique Bruxelles-Hal-Vilvorde. Ce dossier symbolique s’apparente typiquement au genre de tabou linguistique duquel il faut impérativement sortir afin de poursuivre des discussions sereines et démythifiées. Différentes solutions existent, mais celle qui correspond le mieux à l’état d’esprit décrit précédemment est celle qui verrait la scission de l’arrondissement B-H-V, couplée à la mise en place d’une circonscription électorale nationale, réclamée par une grande partie de l’opinion publique et par de nombreuses personnalités issues de la société civile et du monde politique.

Aucun schéma préétabli ou remède miracle ne pourra naturellement constituer une panacée et les négociations en cours aujourd’hui vont sans aucun doute être longues et difficiles. Malgré tout, il est important, afin de leur assurer une issue favorable, d’avoir un fil conducteur et un objectif clairs. Ceux-ci doivent être ambitieux et communiqués par chacune des parties en présence pour éviter de se retrouver en fin de compte face à un scénario de divorce inévitable ou de confédéralisme de circonstance. L’un comme l’autre consacrerait la victoire du repli sur soi et aboutirait surtout à une perte de bien-être généralisée de la population.

Dès lors, comme le souhaite la grande majorité de nos concitoyens, toute entité confondue, nos leaders politiques ont un superbe défi à relever : la mise sur pied d’une Belgique fédérale décomplexée, efficace, assumant son statut, ses Communautés et ses Régions avec sérénité et respect. C’est le prix à payer pour que notre pays reste un exemple de réussite multiculturelle rejetant les tendances nationalistes, moteur de la construction européenne et surtout capable d’assurer à tous ses habitants un avenir prometteur au sein d’un monde de plus en plus globalisé.