Dans une tribune publiée dans Doorbraak le 2 août dernier, Jules Gheude se donne la peine de critiquer la vision de B Plus sur la Belgique, en reprochant à notre organisation de ne pas voir la réalité en face. Il serait cependant plus correct d'écrire que B Plus ne limite pas son analyse à la politique politicienne du moment et se refuse au révisionnisme historique dont les mouvements séparatistes du Nord et du Sud sont friands.

La Belgique, État artificiel?

On connaît la thèse défendue tant par les nationalistes flamands que les rattachistes wallons. Selon celle-ci, la Belgique serait un État purement artificiel, créé de toutes pièces par les grandes puissances pour faire un tampon entre l'Allemagne et la France. Cette construction aurait réunit contre leur gré deux communautés linguistiques n'ayant rien en commun. Aucun historien sérieux ne peut soutenir une telle thèse, y compris un éminent spécialiste du Mouvement flamand comme Lode Wils. Que les grandes puissances aient vu dans la révolution de 1830 une occasion d'amoindrir la puissance économique montante du Royaume-Uni des Pays-Bas est probable. Mais elles n'ont pas pu créer de toutes pièces le mouvement d'opposition qui a unit les élites catholiques et libérales belges contre la politique du gouvernement néerlandais.

Tout État est artificiel en ce sens qu'il est toujours le fruit d'une construction humaine et le résultat d'un rapports de forces politiques. La Belgique ne fait pas exception. La construction belge n'est pas plus contre-nature ou moins légitime qu'une autre.

Histoire commune

Contrairement à ce que veulent faire croire nationalistes flamands et wallons, les régions que l'on appelle aujourd'hui Belgique ont un passé commun qui remonte au XVe siècle et aux ducs de Bourgogne. Seule la Principauté épiscopale de Liège fait exception. Après les guerres de religion et l'indépendance des provinces du nord (les Provinces-Unies) au 16e siècle, les Pays-Bas méridionaux ou Pays-Bas catholiques ont toujours été considérés comme un ensemble, que ce soit par les Espagnols, les Autrichiens ou même les Français, qui sont les seuls avoir occupés nos régions par la force et non par une succession dynastique régulière.

La vérité est que l'appartenance des provinces belges à une même entité politique date d'une époque où les facteurs de cohésion n'étaient pas la langue mais la religion et la fidélité dynastique. Le rôle de la langue comme facteur de cohésion nationale n'est apparu qu'au XIXe siècle, après l'indépendance de la Belgique.

B Plus est un mouvement fédéraliste : nous ne souhaitons pas effacer toutes les réformes de l'État et pensons que les communautés et les régions doivent jouir d'une juste autonomie. Mais cette préoccupation n'autorise pas à réécrire l'histoire dans le but de stimuler artificiellement les sentiments nationaux flamand et wallon. Ce que l'on commet d'appeler aujourd'hui la Flandre a bien moins à voir avec le comté historique du même nom qu'avec le Royaume de Belgique dont elle est incontestablement le produit. Présenter la Wallonie comme une partie illégitimement amputée de la France n'a aucun sens : elle n'en a jamais fait partie, si ce n'est par une annexion de force qui a concerné tous les Pays-Bas autrichiens, y compris Gand, Bruges et Anvers.

Pas de majorité pour le séparatisme

Pour en revenir à la politique actuelle, nous sommes convaincus chez B Plus que la majorité des flamands n'est pas séparatiste. Un grand nombre d'études sérieuses effectuées par nos universités le démontre. La minorité séparatiste est politiquement surreprésentée. La principale raison en est que de nombreux électeurs votent pour des partis séparatistes en raison d'autres points de leur programme, qu'il s'agisse de sécurité, d'immigration ou de fiscalité. Le Vlaams Belang n'a pas gagné les élecions du 26 mai 2019 en raison de son séparatisme. La N-VA a quant à elle tellement peur d'afficher son séparatisme qu'elle préfère prendre la voie détournée du confédéralisme. Les voix pour ces partis sont néanmoins utilisées pour bloquer la Belgique.

Une enquête récente a encore montré que la majorité des Flamands, y compris les électeurs de la N-VA et du Vlaams Belang, sont favorables à une refédéralisation des aspects scindés des soins de santé. B Plus n'est pas aveugle devant la réalité politique, mais entend donner la parole à la majorité silencieuse qui n'est pas anti-belge.

Notre message au monde politique est que les partis qui se revendiquent d'une idéologie universaliste feraient mieux de prêter attention à cette majorité silencieuse, plutôt que de chanter avec les sirènes nationalistes flamandes ou wallonnes. Il semble que ce serait en prenant au contraire leurs distances avec ces dernières qu'il pourraient reconquérir une grande partie de leurs électeurs.