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Ce sont encore les Wallons...

26 avril 2020 – Ludwig Vandenhove

Ludwig Vandenhove, président honoraire de B Plus et membre du Parlement flamand exprime son agacement face à l'instrumentalisation de la crise sanitaire à des fins communautaires.

Même en pleine crise de coronavirus, on continue à désigner des boucs émissaires. Non, il ne s'agit pas de Chine, des chauve-souris ou des pangolins, mais des Wallons.

La séance plénière du Parlement flamand du mercredi 22 avril 2020 en a offert quelques tristes exemples. On n'attend certes rien d'autre d'une parti comme le Vlaams Belang, mais même le membre du Gouvernement compétent pour l'Enseignement, Ben Weyts, y est allé de quelques allusions.

Apparemment, il y a un plus grand souci pour la santé publique en Wallonie que chez nous en Flandre

Est-ce un problème? Ici en Flandre, j'entends aussi poiticiens, journalistes et scientifique dire que le maintien de la sécurité est la règle de base de toute stratégie de déconfinement. Mais en même temps, on nous rabâche les oreilles de la nécessité socio-économique de reprendre le plus rapidement possible toutes les activités. Quelle inconséquence!

En Flandre, les écoles réouvriraient partiellement le vendredi 15 mai 2020; en Wallonie, il n'y a pas encore de décision, certaines voix s'élèvent même pour ne pas réouvrir les écoles pendant la présente année scolaire. En Flandre, un consensus se dégage en faveur d'une évaluation des élèves avant la fin de l'année scolaire; en Wallonie, on n'en est pas si convaincu. Conclusion de la droite flamande: l'enseignement francophone était déjà mauvais et cette manière de faire ne peut qu'aggraver son retard, avec tous les coûts sociaux qui en sont la conséquence et auxquels la Flandre devra contribuer.

En Flandre, la pression des employeurs est plus grande qu'en Wallonie pour réouvrir les entreprises. La conséquence est que, si la reprise du travail est plus rapide et plus large en Flandre, il y aurait plus de chômage technique en Wallonie, avec un impact financier pour la sécurité sociale fédérale. Cela pourrait aussi avoir des conséquences négatives pour l'économie en Wallonie. Conclusion de la droite flamande: les paresseux Wallons sont à nouveau en train de profiter.

Il y a une assez grande unanimité pour dire que la crise du coronavirus touche le plus lourdement les plus faibles de notre société. Vu la situation socio-économique générale de la Wallonie, c'est là que les conséquences seront les plus grandes. Conclusion de la droite flamande: l'attitude des Wallons en matière d'enseignement et d'économie ne fera qu'aggraver cette situation.

Le fait que nous vivions depuis des années dans des univers médiatiques séparés augmente encore la distance entre la Flandre et la Wallonie. Depuis le début de la crise de la covid-19, je n'ai que rarement vu de comparaisons entre le nombre de contaminations à Bruxelles, en Wallonie ou en Flandre. Une exception: la fuite du mercredi 22 avril 2020 dans Le Soir à propos des mesures de déconfinement. Les Wallons sont ainsi à nouveau pointés du doigt comme en étant les responsables. L'information aurait-elle été donnée en Flandre à un journal francophone pour rendre la source moins identifiable? C'est une hypothèse plausible.

Et après, on entendra encore des grandes déclaration sur la nécessité d'une réaction européenne à la crise. Nous n'arrivons même pas à réagir au niveau belge sans se quereller.

Déprimé? Oui.

Je ne déprime pas tellement du manque de contacts sociaux, ni même de devoir rester chez moi.  Je déprime en revanche de ce manque maladif de solidarité et de cette manie de critiquer nos plus proches voisins, nos compatriotes, des Belges comme nous.