Il est temps d’inverser la logique des six réformes de l’État précédentes et d’opter pour un État fédéral fort et efficace. C’est ce qu’écrivent Tom Zwaenepoel, médecin et président du comité de direction du mouvement pro-belge B Plus, accompagné de plus de trente personnalités, dans le journal De Morgen du 10 juin 2026.

Dans le débat sur les finances publiques belges, des chiffres inquiétants émergent : le budget fédéral s’achemine en 2031 vers une tempête parfaite, alimentée par un effet boule de neige des taux d’intérêt dans un contexte de hausse des dépenses en matière de pensions, de santé et de défense. Par ailleurs, l’État fédéral doit transférer chaque année plus de 80 milliards d’euros aux entités fédérées via la Loi spéciale de financement, tout en assumant lui-même les bombes à retardement budgétaires les plus lourdes : pensions, santé, défense, justice – et, last but not least, la hausse des charges d’intérêt, estimées à 22,5 milliards d’euros par an à partir de 2031.

Et comme si cela ne suffisait pas, la Belgique compte un élu rémunéré pour 371 habitants – le ratio le plus élevé d’Europe, et même supérieur à celui de grands pays comme la France, l’Allemagne ou l’Italie. Faut-il encore s’interroger : s’agit-il là de la meilleure utilisation possible de l’argent des contribuables ? Refédéraliser les compétences clés, y compris les budgets correspondants, semble en tout cas une étape plus logique que d’accorder davantage d’autonomie aux entités fédérées, ce qui ne ferait qu’aggraver la fragmentation et les coûts.

Vers une nouvelle logique

Bien que les auteurs n’appellent pas explicitement à une régionalisation accrue comme solution – ils évoquent des « choix politiques possibles » –, l’autre option possible, pourtant évidente, brille par son absence : la refédéralisation des compétences clés, budgets inclus. Premièrement, une nouvelle scission ne résoudra pas le problème belge ; elle se contentera de le déplacer. Si l’on répartit la charge des pensions, cela pénaliserait la Flandre, dont la population vieillit plus rapidement. En 2031, 22 % des Flamands auront plus de 67 ans, contre 19 % en Wallonie et 15 % à Bruxelles. Et que l’on répartisse la dette sur la base de la population ou de la contribution économique, cela ne change rien: pour la Flandre, les deux critères mènent à une contribution de 58 %. La responsabilisation financière est belle en théorie, mais dans un État fédéral, elle reste un système de vases communicants.

De plus, si les entités fédérées détiennent depuis plus de trente ans les leviers de la croissance (comme l’enseignement et la recherche), et que la croissance de la productivité reste largement insuffisante, pourquoi accorder encore plus de compétences à ces mêmes entités ? « Ce que nous faisons nous-mêmes, nous le faisons mieux » n’est plus, depuis longtemps, qu’un slogan creux.

L’éléphant dans la pièce, c’est que le morcellement institutionnel de ces leviers freine lui-même la croissance.

Le marché du travail, par exemple, est déjà régionalisé. La réalité économique est cependant que quatre travailleurs du privé sur dix sont employés dans des entreprises actives au-delà des frontières régionales. Si l’on régionalise davantage les règles des relations individuelles de travail, on crée un champ de mines social.

Les soins de santé sont un autre exemple : aujourd’hui, les soins curatifs relèvent du fédéral, tandis que la prévention et les soins aux personnes âgées sont organisés par les communautés. Cela génère des incitations financières perverses. Si une communauté investit dans une politique de prévention performante et coûteuse, elle en supporte seule les coûts, tandis que les bénéfices reviennent à la sécurité sociale fédérale. Ici non plus, la régionalisation n’est pas la solution : une politique de santé fédérale et intégrée offrirait des économies d’échelle considérables et éviterait que des moyens précieux ne s’évaporent.

L’efficacité comme fil conducteur

Le vrai consensus intellectuel devrait donc porter sur la question suivante : quelles tâches devons-nous recentraliser, purement pour des raisons d’efficacité ? La question ne doit pas être qui gouverne, mais ce qui fonctionne le mieux pour les citoyens. Or, étude après étude, une majorité écrasante de Belges – y compris de Flamands – exprime clairement sa préférence : celle de la recentralisation, par exemple dans le domaine des soins de santé.

Le contraste avec la politique actuelle est frappant. Ce qui manque, c’est la volonté de renverser la logique : ne plus partir d’un mantra de scission qui ne sert qu’un projet idéologique coûteux. Ce mantra coûte des milliers d’euros par an et par citoyen, et mène le pays droit vers la faillite.

Vers un État fédéral fort et efficace

Il est donc temps que la politique brise le tabou de la recentralisation et confie au niveau fédéral l’organisation des compétences où les économies d’échelle sont déterminantes. Cela implique aussi de réformer la loi spéciale de financement, afin que l’État fédéral dispose de suffisamment de moyens pour ses compétences clés : justice, santé, énergie, sécurité sociale, marché du travail et défense.

Le modèle belge n’est pas trop cher parce que les entités fédérées manquent d’autonomie – il est trop cher parce qu’il a été fragmenté au fil des ans, tandis que, poussé par l'obession de la scission, on a manifestement trop peu tenu compte de la cohérence, du fonctionnement et de l’efficacité de l’ensemble.

Comme l’a formulé Abraham Lincoln, il faut que le gouvernement émane « du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Il est donc temps d’inverser la logique des six réformes de l’État précédentes. Temps de choisir un État fédéral fort et efficace qui profite à tous les Belges.

For the people.

Cette lettre ouverte de B Plus est parue dans De Morgen le 10 juin 2026 et a été signée par :

Antoine de le Court – avocat
Benoît Duponcheele – Mentor en développement de projets et d’affaires
Bernard De Gerlache De Gommery – Docteur en droit / Directeur général – Belfico
Bertrand Waucquez – Bourgmestre de Craainhem
Bruno Lequime – AMROD Consult & Development
Charles de Groot – Président de L’Unie
Eddy Boutmans – Ancien sénateur, ancien secrétaire d’État à la Coopération au développement
Emmanuel van Innis – Président d’honneur de BECI et président fondateur de Brussels Metropolitan
Frédéric Amez - Assistant à l'UCLouvain Saint-Louis Bruxelles
Freek Louckx – Professeur à la faculté de droit de l’Université Anvers
Geert Messiaen – Ancien secrétaire général de l’Union nationale des mutualités libérales
Guy Vanhengel – Ancien ministre dans les gouvernements fédéral, flamand et bruxellois
Jacques Brotchi – Ancien président du Sénat et professeur émérite en neurochirurgie à l’ULB
Jan Buelens – Professeur de droit du travail à l’Université d’Anvers
Jean Hermesse – Ancien secrétaire général des Mutualités chrétiennes
Jef Maes – Ancien secrétaire fédéral de la FGTB et auteur de « Notre sécurité sociale »
Leo De Bock
– Producteur audiovisuel
Ludwig Vandenhove – Ancien sénateur, bourgmestre de Saint-Trond
Magda Aelvoet – Ministre d’État
Marc Van Ranst – Professeur à la KU Leuven, virologue
Mario Van Essche – Président de l’Union humaniste
Marleen Temmerman – Ancienne Sénatrice, Professeure émérite de l’Hôpital Universitaire de Gand
Mia De Vits – Ancienne députée européenne, ancienne présidente de la FGTB
Nadia Nsayi – Politologue, autrice
Paul Bosmans – Président de BE2030
Paul De Grauwe – Ancien Sénateur, professeur à la London School of Economics and Political Science, professeur émérite de la KU Leuven
Piet Hoebeke – Doyen de la faculté de médecine et des sciences de la santé à l’université de Gand
Réginald Moreels – Ancien ministre, médecin humanitaire
Rudy Aernoudt – Professeur à l’Université de Gand, écrivain
Serge Wahis – Avocat
Steven Weyers – Chef de service de la Clinique gynécologique de l’Hôpital Universitaire de Gand
Tim Vandenput – Bourgmestre de Hoeilaart
Tom Lanoye – Écrivain
Tony Mary – Directeur d’entreprise, administrateur de sociétés
Tony Van de Calseyde – Avocat, membre du comité de direction de B Plus
Tom Zwaenepoel – Médecin, président du comité de direction de B Plus
Vincent Laborderie – Politologue (UCLouvain)
Vincent Van Maele – Médecin
Walter Zinzen – Ancien journaliste de la VRT, chroniqueur