Toute la presse l'a rappelé: le gouvernement "Arizona" est en place depuis un an. Au-delà du bilan de cette année, des diverses mesures budgétaires décidées ou en cours et de la prétendue transformation du premier ministre, il est important de regarder l'avenir à plus long terme.
Bart De Wever, d'agitateur à premier ministre
La presse du Nord comme du Sud du pays s'est abondamment étendue sur la transformation de Bart De Wever. On fut à deux doigts d'assister à la canonisation de l'agitateur politique qui, il y a 20 ans, transportait des faux billets par camions à Strépy-Thieu pour dénoncer les soi-disant transferts d'argent flamand vers une Wallonie sous perfusion. Il serait désormais un homme d'État et un premier ministre respecté, y compris dans les milieux francophones. Il est vrai qu'il n'a pas ménagé ses efforts de séduction vis-à-vis de ces dernier ; sa prestation aux Grandes Conférences catholiques fut même une prouesse de haut niveau en la matière. On peut toutefois légitimement se demander ce que cache ce changement d'image.
Une idéologie constante
Le premier ministre à certes changé de ton, mais on peut sérieusement douter qu'il ait changé de projet politique. Il l'a d'ailleurs confirmé lui-même: il compte sur la situation catastrophique des finances publiques pour forcer un jour une nouvelle réforme de l'État (HLN, 31/12/205). Et il est peu probable que l'évolution institutionnelle qu'il envisage soit celle du pourtant nécessaire renforcement de l'autorité fédérale et de la cohésion nationale. Le chef de groupe N-VA à la Chambre, Axel Ronse, a lui aussi clairement rappelé aux Francophones que le "confédéralisme" reste la priorité de son parti (LLB, 24/01/206).
Derrière le changement de ton, l'ambition du premier ministre et de son parti est bien toujours la même: le démantèlement de la Belgique, fût-ce de manière progressive. Que le séparatisme des origines soit désormais remplacé par le terme moins effrayant de "confédéralisme" n'y change rien. C'est une question de marketing politique et rien de plus.
Que le séparatisme des origines soit désormais remplacé par le terme moins effrayant de "confédéralisme" n'y change rien. C'est une question de marketing politique et rien de plus.
2029
Une chose est sûre: la Belgique n'en a pas fini avec les questions institutionnelles. Celles-ci sont momentanément à l'arrière-plan en raison de l'absence d'un majorité des deux tiers pour s'en occuper. Mais les élections de 2029 seront à nouveau l'occasion d'un grand débat communautaire. Il est en effet temps de mettre de l’ordre dans la maison Belgique. Le budget fédéral et le marasme dans lequel s’enfonce la Région de Bruxelles-Capitale sont des raisons suffisantes. Dans ce débat, la N-VA espère se trouver en position de force pour forcer ses partenaires à consentir à ses revendications nationalistes. C’est dans cette perspective que l’adoucissement du ton de M. De Wever à l’égard des Francophones doit être interprété : il a compris la nécessité de se faire des alliés de l’autre côté de la frontière linguistique.
D'autres projets
Le démantèlement continu de la Belgique n'est pas souhaitable et n'est pas non plus une fatalité. Ce dont les Belges ont besoin, c'est un projet rassembleur et ambitieux pour leur pays. À l’heure où les tensions internationales sont de plus en plus préoccupantes et où l’unité de l’Europe est attaquée de toutes parts, diviser encore plus les Belges est la pire des choses à faire.
Qu'un parti dont le séparatisme est la raison d’être souhaite réaliser son programme institutionnel n'a rien de surprenant. Ce qui l'est, en revanche, c'est le silence qui règne à ce sujet au sein des autres partis politiques, au Nord comme au Sud du pays. Il est grand temps que les partis non nationalistes, ceux qui ont souscrit au Pacte pour la Belgique de B Plus, sortent de leur torpeur et présentent d'autres projets pour la Belgique. Ce que les Belges veulent, et ce dont ils ont besoin, ce sont des institutions lisibles, efficaces et à même de gérer efficacement les deniers publics.
Il est grand temps que les partis non nationalistes, ceux qui ont souscrit au Pacte pour la Belgique de B Plus, sortent de leur torpeur et présentent d'autres projets pour la Belgique.
La pandémie de 2020 comme les inondations de 2021 ont montré combien les structures institutionnelles actuelles sont non seulement chères, mais aussi inefficaces et incapable de gérer convenablement les situations de crise. Les Belges n’attendent pas le énième morcellement de telle ou telle compétence : ils attendent un projet rassembleur qui favorisera la concorde entre les citoyens. Les partis qui auront le courage de l’entendre et de réellement défendre un programme institutionnel positif pour le pays seront bien mieux récompensés que ceux qui se terrent dans un silence complice du séparatisme. Il faut avoir enfin le courage de se distancier clairement de ce discours négatif et délétère.
Les idées ne manquent pas: refédéralisation de compétences, hiérarchie des normes, circonscription fédérale, promotion du bilinguisme... sont autant de mesures qui contribueraient à un avenir enthousiasmant pour les Belges.
Les idées ne manquent pas: refédéralisation de compétences, hiérarchie des normes, circonscription fédérale, promotion du bilinguisme... sont autant de mesures qui contribueraient à un avenir enthousiasmant pour les Belges. Mais il faut des politiques qui aient le courage de les défendre et de ne pas laisser le monopole des questions institutionnelles aux séparatistes. Qui aura enfin ce courage?