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Non, la scission de la Belgique n'a pas de soutien populaire

25 novembre 2019 – Tony Van de Calseyde – www.vrt.be

La formation du gouvernement fédéral est dans une impasse. Mais selon Tony Van de Calseyde, président de B-Plus, cela ne devrait pas alimenter l'idée que dans l'esprit de beaucoup de gens, la Belgique a depuis longtemps cessé d'exister. Ce faisant, il répond à un article d'opinion du politologue Bart Maddens, qui exhorte les partis nationalistes flamands à ne pas rejoindre le prochain gouvernement fédéral.

Le politologue Bart Maddens estime que c'est aux Belges de sauver la Belgique, et non aux nationalistes flamands. Il exhorte donc la N-VA à ne pas rejoindre le prochain gouvernement fédéral.

S'il est vrai que la Belgique a vraiment besoin d'être "sauvée", Maddens a peut-être raison de dire qu'il ne faut pas attendre son salut de la N-VA et du Vlaams Belang. Ils devraient  en principe plutôt bloquer la Belgique que prouver qu'elle fonctionne encore. Mais on se demande vraiment où Bart Maddens va chercher l'idée que dans l'esprit de beaucoup de gens, la Belgique a depuis longtemps cessé d'exister en tant que pays à part entière.

Les chiffres prouvent le contraire

Le fait que 44% des Flamands aient voté (pour le Parlement flamand) pour le VB ou le N-VA ne permet certainement pas d'arriver à cette conclusion. L'indépendance de la Flandre n'était une raison de voter pour le VB que pour seulement 8 % des électeurs ce parti. La division du pays semble être souhaitable pour à peine 14% des Belges, alors qu'en revanche, 26% des Flamands souhaiteraient même revenir à une Belgique unitaire (sondage Het Laatste Nieuws - Le Soir, 17 septembre 2019).  Le fait que 44% des Flamands aient voté pour le Vlaams Belang ou la N-VA ne veut pas dire que la Belgique a cessé d'exister dans l'esprit des gens.

N'oublions pas non plus que le 26 mai 2020, plusieurs partis au profil explicitement belge ont également clairement gagné les élections, à savoir le PTB-PVDA, ainsi que Groen et ECOLO.

Même le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) admettait ouvertement dans sa conférence d'ouverture à l'UGent le 15 octobre 2019 qu'il n'y a pas de soutien suffisant pour une Flandre indépendante.

Électeur non séparatiste de la N-VA et du Vlaams Belang

Le professeur Maddens admet bien que les électeurs du VB et du N-VA sont loin d'être tous séparatistes. Mais, dit-il, celui qui pense vraiment que la survie de la Belgique est importante, ne vote pas pour ces partis. Cette proposition apelle également de nombreuses réserves.

Ces dernières années, la N-VA a mis le débat communautaire au congélateur, à la frustration d'une grande partie de ses partisans. Tant que le parti a fait partie du gouvernement Michel, il s'est même profilé comme un parti de soutenant l'État belge plutôt que comme un parti nationaliste flamand.

De nombreux départements typiquement "belges" étaient occupés par des ministres N-VA : les Affaires intérieures par Jan Jambon, l'Asile et la Migration par Theo Francken, la Défense par Steven Vandeput et le Budget par Johan Van Overtveldt. En raison d'un concours de circonstances (les attentats du 22 mars 2016 et la crise migratoire), MM. Jambon et Francken se sont même imposés comme des défenseurs des intérêts "belges". Ici et là en Wallonie, ils sont également devenus populaires et très demandés en tant que conférenciers.

Même après la sortie de la N-VA du gouvernement Michel, son progamme confédéraliste n'était présent qu'en arrière-plan. La campagne électorale a principalement porté sur la migration, les pensions et le climat, pas sur le communautaire, et certainement pas sur la scission de la Belgique.

La N-VA a même présenté Jan Jambon comme candidat au poste de premier ministre, lui qui s'est profilé comme un homme d'État avec des déclarations telles que "J'ai prouvé que je peux mener une politique appréciée d'Ostende à Arlon" (Terzake, le 18 avril 2019). Lire dans les votes pour la N-VA un mandat de l'électeur pour démanteler le pays est malvenu.

Ironiquement, ce même Jan Jambon n'est finalement pas devenu premier ministre fédéral, mais président du gouvernement flamand. Dans cette position, il choisit clairement d'affronter tout ce qui est belge : élaboration d'un canon flamand, attaque contre l'écharpe tricolore des bourgmestres,  nomination d'un ministre flamand de la Justice alors que ce n'est pas une compétence flamande, etc. Ne devrions-nous pas plutôt nous demander si tout cela est bien ce pour quoi l'électeur a voté ?

Le confédéralisme comme solution est une fraude électorale

Le choix de la N-VA de proposer le confédéralisme comme solution pour le projet politique belge est aussi une forme de fraude électorale. Le parti opte explicitement pour cela parce que le peuple n'est pas prêt pour le séparatisme. Or, le confédéralisme est nécessairement précédé par le confédéralisme. Dans une Belgique confédérale, la souveraineté ne serait plus au niveau belge. En substance, la Flandre et la Wallonie deviendraient des États indépendants qui concluraient ensemble un traité (unilatéralement résiliable) sur ce qu'ils pourraient encore vouloir faire ensemble.  Il n'y aurait pas non plus de place pour un parlement fédéral directement élu. Ce n'est pas rien.

Pour ceux qui ne suivent la politique que de loin, le "confédéralisme" peut certainement sembler n'être qu'une autre forme de fédéralisme. Le fait qu'il y ait beaucoup de confusion sur la notion de confédéralisme dans le monde politique - demandez à cinq hommes politiques ce que signifie exactement "confédéralisme" et vous risquez d'obtenir presque autant de réponses différentes - n'aide certainement pas à clarifier les choses.

La formation des gouvernements fédérés États a capté toute l'attention

Enfin, Bart Maddens invoque le fait que la formation belge laisse apparemment tout le monde indifférent pour le moment. En effet, il n'y a pas de drapeaux belges dans les rues. Il n'y a actuellement aucune manifestation pro-belge. Et il ne semble pas y avoir de sentiment d'urgence ou de crise parmi les politiciens.

Cela s'explique bien sûr en grande partie par le fait que, ces derniers mois, toute l'attention a été portée sur la formation des gouvernements des régions et communautés. Cela va maintenant inévitablement changer.

La population sort pour sa part d'une campagne électorale qui n'a certainement pas été fortement marquée par les antagonismes entre la Flandre et la Wallonie. La campagne a également été précédée d'une période calme au niveau communautaire. Nous sommes également habitués à beaucoup de choses. Les 541 jours de négociations pour un gouvernement fédéral sont encore frais dans la mémoire. Malheureusement, on s'y habitue à cela aussi.

D'une certaine manière, on peut établir un parallèle entre les discussions communautaires et le Brexit. Les Britanniques en ont progressivement eu plus qu'assez de ce dernier, quel que soit leur camp. Même pour une organisation comme B Plus, il a été plus difficile ces dernières années de mobiliser les gens autour des thèmes communautaires.

Mais cela ne dure pas. Le professeur Maddens prétend également que ce qui n'est pas, peut et va probablement encore venir. Alors, rassurez-vous, le point culminant de la crise doit encore venir.  Nous sommes au moins d'accord sur ce point.